mercredi 12 octobre 2011

J'ai lu "Mondial Nomade" de Philippe Pollet-Villard


« Ne m’indique pas mon chemin car je risquerais de ne plus savoir me perdre. »
Un homme invente un concept lié à un monde en pleine mutation – surtout des mutations de postes d’un pays à l’autre : le garde-meuble transparent, des hangars en blocs de verre à la périphérie des villes, dans lesquels celles et ceux qui changent de ville, voire de continent pour conserver un travail, mettent de côté leur « mobilier résiduel », ces objets qu’ils ont « cru posséder un jour pour toujours et qui vous ont possédé au point de vous donner l’illusion d’appartenir à une maison, une famille, un quartier, une nation. » Dans l’espoir de revenir, et de récupérer les commodes et fauteuils stockés à bon prix. Fortune faite, Rem vend son affaire et devient très riche, « condamné à être très riche pour cinq ou six cents ans. » Pas simple. Surtout si l’on pense que « les gens qui ne possèdent rien éprouvent moins de difficultés à retrouver les chemins de la liberté. »

Que faire avec tout cet argent, et une fois que l’on a jeté les médicaments à la poubelle et rompu avec le passé professionnel ? Une photo retrouvée dans le tiroir d’un bureau sera le déclencheur d’une sorte de quête de sens et le conduira en Inde, pays dans lequel des entreprises françaises ont délocalisé leur production et leur personnel français ; pays dans lequel des marques de vêtements gèrent des prisons et où des villes portent le nom de firmes automobiles. Bref, une sorte de cauchemar, règne absolu de l’argent. Là il se souviendra qu’il est déjà venu, quand il était « jeune aventurier parcourant le monde, arpentant le bord des routes. » Au bout de quelques jours et de quelques rencontres improbables « un monde se retraçait dans ses artères, le voyage reprenait place en lui. » Finalement, après des années « rectilignes » de vie professionnelle, il se rendra à l’évidence que « savoir voyager n’est peut-être pas beaucoup plus compliqué que savoir marcher, réapprendre ne demande pas de gros efforts. »

On sait que « dans un voyage ce n’est pas la destination qui compte, mais presque toujours le chemin parcouru, et les détours surtout. ». Rem devra choisir entre mensonge et vérité. « Depuis toujours les gens se moquent de connaître la vérité. Mentir fait partie du voyage, absolument. » Rem a rendez-vous avec son destin. En lignes courbes. Mais est-ce le plus important ?

Les premières lignes : « Rem Jean-Charles était un homme profondément bon qui avait bâti son empire, non sur le vide comme nombre d’entrepreneurs de ses contemporains, mais sur le trop-plein. Les très fameux et très populaires garde-meubles Mondial Nomade, vous vous en souvenez peut-être ? Eh bien, c’était lui. » Flammarion 2011.

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