samedi 12 novembre 2011

J'ai lu "Rouler" de Christian Oster


Dans Rouler, Christian Oster raconte l’histoire d’un homme qui éprouve le besoin de « sortir » comme dirait Kenneth White, de « sortir, aller là-haut et voir ». Un type qui a raté son bac et qui vit seul. Qui a une blessure encore ouverte – on l’apprendra p115. Qui sait qu’il doit aller quelque part, mais qui ne tient pas à y arriver tout de suite. Qui prend la route. En voiture. Vers le sud. Qui prend de l’essence, et qui repart. Lors d’une étape en Auvergne il voit un couple se baigner, nu, dans une rivière.

« J’ai donc, si je puis dire, filé vers Chaudes-Aigues. Il était aux environs de dix-sept heures. Ça tournait encore beaucoup, ça montait, ça descendait, c’était quand même toujours très beau et j’ai commencé à avoir envie non seulement de plat mais de ville, de trottoirs où marcher. »

Étape. Chambre d’hôtel. Étouffante. Et le bruit des voisins. Le lendemain : une marche dans la nature. Avec ce constat : « que tout paysage aperçu au loin perd, dès lors qu’on l’atteint, de cette beauté qui vous avait frappé quelques centaines de mètres plus tôt, un peu comme s’il se désagrégeait au contact. » A se demander s’il ne vaut pas mieux rester en voiture… D’autant plus que cette marche tourne mal. Une blessure à la cheville. Et une perte totale de l’orientation. Jusqu’à trouver une maison isolée et un couple qui y vit. Et cette femme – Claire – qui veut partir avec lui. Problème : « Mais, moi, je ne vais nulle part, ai-je précisé, je ne peux vous emmener nulle part. »

Ils partent tous les deux. Ils roulent. Ils parlent. Ils s’apprivoisent. Ils font un bout de chemin et se séparent. Lui continue sa route, et rencontre par hasard un ancien copain de lycée, qu’il ne souhaite pas revoir. « Je voulais être seul, avec du temps devant moi et le moins possible derrière. » Finalement Malebranche – ce copain de lycée – se retrouve à nouveau sur son chemin. Il s’occupe de chambres d’hôtes, où le narrateur va faire une halte – dans une chambre jaune – et se mêler aux autres locataires. Mais, dans ce château, on se regarde, on se supporte, on avance, on recule, on imagine… bref, les échanges sont difficiles, et ça n’avance à rien. C’était mieux quand ça roulait. Alors il faut repartir.

Cette chronique ne donne qu’une très vague idée de ce que propose le récit de Christian Oster, de sa construction, de son style et de son contenu. « Road novel » comme le dit la quatrième de couverture ? Sans aucun doute. Une histoire écrite derrière le pare-brise. Aventure, comme l’écrit Le Monde ? Certainement, bien qu’elle ne se déroule pas en des contrées lointaines. L’aventure est alors « le rapport des personnages au monde d’aujourd’hui. » Imprévu organisé ? (Le Monde) Oui. Tout ce qui se passe est l’une des voies possibles. Le « hasard suscite les possibles » (Télérama). Finalement c’est « l’histoire d’un type qui quitte Paris en voiture et rencontre des gens des paysages, et c’est tout. Absolument tout. » (C. Donner, le Monde Magazine). Sans début ni fin, Rouler nous invite à nous assoir à côté du conducteur, à faire un bout de route avec lui dans ce « hasard immédiat, cette gratuité parfaite » (Y Moix, le Figaro). Comme si le voyageur était le lecteur.

Les premières lignes : « J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente. J’avais une bonne voiture et assez d’essence pour atteindre la rase campagne. C’est après que les questions se sont posées. Après le plein, j’entends. En même temps, c’était assez simple. Comme j’avais pris la direction du sud, je me suis contenté de poursuivre. » Éditions de l’Olivier 2011.

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