mercredi 19 janvier 2011

J'ai lu "Jupiter et moi" de Eddy L. Harris

Odeur – « puanteur » – de l'esclavage, de souvenirs noirs, dans ce Jupiter et moi  de l'américain vivant en France Eddy L.Harris.
Jupiter, c'est le père de l'auteur. Ce père de 86 ans – encore que la date et le lieu de naissance ne soient pas très certains : aux alentours de 1917, époque où les noirs naissaient chez eux, et où la date de naissance était consignée dans la« bible » familiale – à qui sa mère avait murmuré qu'il était voué à accomplir de grandes choses. Ce père qui, avant d'être ce vieux encore fringuant, était « uniquement et seulement un petit enfant noir. »Problème : les mots « projet » et « enfant noir »n'allèrent pas toujours ensemble.
Jupiter est né « en un temps où la puanteur de l'esclavage, aboli depuis cinquante ans, stagnait encore dans toutes les mémoires. » Jupiter a l'air blanc. Mais avoir l'air... A moitié ou au trois quart blanc, il est quand même noir. Un point (noir) c'est tout.Pourtant cet homme, ce noir américain, trouvera sa route, que son fils défini ainsi » « la capacité de se définir, de déterminer celui qu'il voulait être, et de choisir sa voie. »
En conséquence, Jupiter a, au cours de sa vie « triché aux cartes, menti, volé, et a même tué un homme(du moins c'est ce qu'il croit.) » Mais en fait, que croire chez ce père qui est un « pro de bobard » ? Et si tout ça n'était qu'une façade, un dérivatif, pour oublier la dure condition de Noir en Amérique encore au XXème siècle ?
Jupiter pense qu'Eddy, son fils, est« un raté, un vaurien et un joli cœur. » En tout cas c'est ce qu'Eddy pense que Jupiter pense... Jupiter demande encore à Eddy, son fils, conférencier estimé, quand va-t-il trouver un boulot ? Mais peut-être qu'il ne pense pas réellement ce qu'il dit.
Tel père, tel fils ? Ce que dit Eddy: « Entre père et fils, ce qui marque l'un marque l'autre; ce qui est porté par l'un, bon ou mauvais, sera porté par l'autre. »
Eddy – qui se définit comme fils ingrat – est né « à une époque où on appelait encore les noirs « nègres »–  et c'était l'appellation polie (...) dans le Sud c'était sales négros. » Les années 60 furent celles de a recherche d'identité. Noirs, puis Afro-américains. Avec les Black Panthers et le Black Power. « Le passé demeure, quoi qu'on fasse pour l'oublier ou l'enjoliver– les cicatrices subsistent. » Pour se connaître, écrit Eddy, « il est nécessaire d'aller creuser le passé. » Surtout quand il s'agit du passé des noirs, avec leurs peurs, leurs hantises.
Plusieurs histoires, donc, dans ce récit. Le fils recherche dans le passé de son père, pour mieux le comprendre.Ce qui conduit à un retour sur l'histoire des USA durant le XXème siècle. Et surtout sur la question raciale. Les scènes de violence (lynchage, pendaison,mutilation...) sont terrifiantes. Elles arrivent parfois sans prévenir. L'autre aspect est la relation entre un père et son fils. D'une tendresse et parfois d'une cocasserie subtile. La narration est fluide, les propos sont justes, sans emphase, passionnants. Un grand talent d'écrivain. Un grand livre sur la vie des américains. Des noirs américains. D'un père et de son fils.

Les premières lignes du premier chapitre «Foutrement blanc» : «La vie d'un père et celle d'un fils se mêlent comme les branches de deux arbres côte à côte dans la forêt. Le gland tombe, un jeune arbre pousse, les racines s'enchevêtrent. S'ils sont assez proches, il est parfois impossible de savoir où finissent les branches de l'un et où commencent celles de l'autre, à moins de s'éloigner pour les regarder attentivement, à mois que le plus jeune ait dépassé et éclipsé l'aîné, poursuivant son ascension là où le plus vieux l'avait interrompue.» Editions Liana Lévi 2005.

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