vendredi 21 janvier 2011

J'ai lu " Versants intimes" - Dix-neuf portraits autour de la montagne, de Fabrice Lardreau

Sous titré « dix-neuf portraits autour de la montagne », ces « Versants intimes » rassemblés par Fabrice Lardreau ont d’abord été publiés dans le revue La Montagne & Alpinisme. Ils retracent des itinéraires parfois inattendus, explorent le jardin secret de chaque invité : écrivains, cinéastes, acteurs, voyageurs, scientifiques, hommes politiques, musiciens. Ces femmes et ces hommes ont tous un point commun, une passion qui les rassemble : la montagne.
Si « l’écriture et la montagne ont un itinéraire commun (et qu’elles) relèvent d’un même silence, d’une même obstination », comme l’écrit l’auteur dans l’avant-propos, il ressort de ces entretiens que la montagne a eu, sur chacun d’eux, selon des parcours propres et avec des contours différents, des impacts plus ou moins importants, des incidences plus ou moins déterminantes dans leurs vies, là où les mots « danger », ou « accident » côtoient « nature » ou « paysage ».
Isabelle Autissier, qui a le pied marin, pense que « un bateau bien préparé a peu de chances de couler. L’accident le plus grave – et le plus fréquent – c’est de passer par-dessus bord. Même dans la tempête la plus déchaînée, en solitaire, on reste en vie tant que l’on est à bord. (…) Le montagnard est plus vulnérable car les choses peuvent se passer très vite, il n’a rien pour le protéger, pas de coquille : il est soumis à une erreur qui peut lui être fatale. » Erreur à laquelle Catherine Destivelle s’est toujours refusée. Bien que fascinée par l’Himalaya, elle confie sa réserve à l’égard de la très haute altitude – qu’elle a pourtant fréquenté : « C’est un environnement dans lequel on est vulnérable. Je n’y prends pas vraiment plaisir. On ne peut pas réfléchir en haute altitude, il manque des neurones. » Elle « ne va pas en montagne pour se faire peur, pour avoir mal. »
L’humilité est l’autre mot qui ressort de ces entretiens. Tous reconnaissent qu’il faut être humble devant la montagne, devant l’exploit. « Pour moi, un sommet est intérieur. S’il est extérieur, si l’on s’en sert pour grandir, on revient amoindri. On doit revenir d’une ascension empreint d’humilité, et non d’un sentiment de victoire. Victoire contre qui ? » avance Olivier Föllmi, photographe. Ce qui est également le sens des propos de Bernard Giraudeau – qui a joué, aux côtés de Claude Rich, une pièce de théâtre titrée « K2 » : « Beaucoup d’alpinistes ont envie de conquérir, ce qui n’est pas du tout mon cas : je n’ai rien à faire du sommet ! J’ai avant tout un rapport tendre avec la montagne, de non-violence. »
On rencontrera aussi François-René Duchâble, qui fait déposer un piano noir sur un glacier… blanc ; Jean-Louis Etienne, explorateur de toutes les latitudes ; Rufus, un passionné de vol à voile au-dessus du Vercors ; Philippe Claudel, qui avoue sa passion pour la littérature de montagne et des auteurs comme Frison-Roche ; Erri De Luca, alpiniste dans les Dolomites, auteur du magnifique « Sur la trace de Nives » ; Pierre-Antoine Hiroz, réalisateur, lui aussi marqué par les récits de Frison-Roche, qu’il adapte pour la télévision ; Martin Hirsch, familier des Ecrins ; Claude Lanzmann, qui découvre l’alpinisme à Chamonix ; Arnaud et Jean-Marie Larieu, cinéastes, adaptes les Pyrénées ; David Le Breton, anthropologue et sociologue de la marche et des « conduites à risque » ; Jean Malaurie, un « ancien », géographe des « expéditions polaires françaises – mission Paul-Emile Victor » ; Bernard Olivier, un autre grand « marcheur » ; Yves Paccalet, philosophe et naturaliste, « marin savoyard » à bord de la Calypso ; Hubert Reeves et Jean-Christophe Ruffin. Autant de personnes, autant de personnages, autant de personnalités, autant de rapports différents, uniques, à la montagne, à la nature. Une exploration du « versant intime » qui est assez plaisante à lire.

Les premières lignes de l’avant-propos : « L’écriture et la montagne ont un itinéraire commun. Elles relèvent d’un même silence, d’une même obstination. Ecole de vie, géographie sans frontière, la montagne est un espace où l’on se sent relié au monde, dans une solitude paradoxale et fertile. Les pensées accompagnent souvent le pas du marcheur, se combinent avec les méandres du sentier, de l’arête. Comme l’écrivain, randonneurs et alpinistes doivent trouver leur souffle, leur rythme. » Arcadia éditions 2010.

A propos de Catherine Destivelle, je recommande d’aller voir « Au-delà des cimes », réalisé par Rémy Tézier en 2009, magnifique de poésie et d’humanisme.
A propos d’Erri De Luca, je recommande la lecture de « Sur les traces de Nives » paru chez Gallimard.

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